Périodisation de l'œuvre de Jacques Zimmermann

de Pierre Zimmermann

Période végétale (1952–1960)

Si, avant le départ pour le Congo, Jacques Zimmermann explore plusieurs styles de peinture, encore souvent figuratifs, c'est à partir du retour qu'il affirme son originalité. Les œuvres de cette époque marquent l'influence de peintres « gestuels » comme Hans Hartung ou Karl Otto Götz, mais une gestuelle croisée des végétations tropicales, une gestuelle foisonnante et frémissante. Ainsi s'enracine un élément fondamental et récurrent de son œuvre, ces herbes fines qui strient la toile, lui conférant dynamisme et profondeur. Les tonalités dominantes de cette période sont le jaune, le vert (J. Zimmermann, Itinéraires (Catalogue d'exposition), Schaerbeek, Ateliers Ledoux Editions, 1995).

  • La femme à la tortue, 1952

  • Au-delà du ravin, 1959

  • Par où fuir, 1960

Jacques Zimmermann, Au-delà du ravin, 1959 (35 x 61 cm), peinture
Jacques Zimmermann, Vers la savane, 1959 (90 x 150 cm), peinture

Période minérale (1960–1964)

Au végétal s'ajoute désormais, dans une abstraction plus dense que lyrique, une abstraction matérielle, une tonalité minérale qui colore l’œuvre de gris et de brun, et lui offre les accidents et les profondeurs du relief.

  • Vers la savane, 1959

  • Sans titre, 1960

Période dramatique (1964–1970)

Réunissant le dynamisme des années 1950 à la densité de la période « minérale », cette période se caractérise par une dramatisation, entre vertige et tourbillon. Elle voit naître quelques œuvres maîtresses, comme Le puits et la pendule ou Après le silence (J. Zimmermann, Itinéraires (Catalogue d'exposition), Schaerbeek, Ateliers Ledoux Editions, 1995).

  • Le puits et le pendule, 1962

  • Lettre à un passager, 1962

  • Après le silence, 1965

Jacques Zimmermann, Le puits et le pendule, 1962, peinture
Jacques Zimmermann, Torotoumbo, hommage à Miguel-Angel Asturias, 1974 (130 x 195 cm), peinture

Période fantastique (1970–1974)

Un changement radical se produit lors de cette période, changement de style et de technique. L'abstraction cède le pas à une figuration onirique où dominent des êtres ambigus, à peine dégrossis de leur terreau abstrait, mi-insectes, mi-personnages théâtraux. À côté d’œuvres peintes naissent des œuvres au feutre à essence, grands dessins noir et blanc où Jacques Zimmermann intègre l'influence des dessins d'Albrecht Dürer.

Parmi les œuvres peintes de cette période s'impose « Torotoumbo, hommage à Miguel Angel Asturias » (130 x 195 cm), où s'affrontent des mages insectiformes et squelettiques, rouge ou blanc, à l'orée d'une cité-jungle se convulsant sous un ciel tempétueux. Par la présence des éléments végétaux et minéraux, le dynamisme des traits et la dramatisation de la scène, cette peinture apparaît comme une somme provisoire de l’œuvre de Jacques Zimmermann (« Dossier de presse » [archive] [PDF], sur globalcube.net).

C'est à cette époque qu'il réalise pour le Théâtre National le décor de « Dans les griffes du dragon » de Frédéric Latin.

Période géométrique (1980–1984)

Après une interruption de son œuvre peint durant quelques années, Jacques Zimmermann revient à la peinture par le détour de cahier de dessins purement abstraits. La géométrie qui s'empare de son œuvre reste néanmoins habitée de mouvements, de profondeurs et de présence. Peu à peu, les réminiscences et les exigences des œuvres passées (les siennes, celles des peintres anciens) vont ouvrir ce monde aux horizons et aux rencontres (« Dossier de presse » [archive] [PDF], sur globalcube.net).

  • La mémoire palatine, années 1980

  • Le secret des glaces, 1984

Jacques Zimmermann, La mémoire palatine, années 1980, peinture
Jacques Zimmermann, La clef d'autre part, 1995 (162 x 130 cm)
Jacques Zimmermann, Le pèlerin volubile, 2006 (100 x 100 cm)

Période classique (1984–aujourd'hui)

À partir de 1984, Jacques Zimmermann s'appuie sur tous les ressorts de ses périodes antérieures pour créer une œuvre à la fois stable dans ses moyens d'expression et expérimental dans son exploration de techniques et styles variés. L'influence des peintres anciens se fait plus marquante, Turner particulièrement, mais aussi Munch, les paysagistes hollandais, etc., sans que se perde la leçon des contemporains : Götz, ErnstTanguy, etc. On notera à cette époque des œuvres quasi-monochromatique. Ou encore une série de peintures où s'impose un fond doré, influencée par l'usage qu'en fit Gustav Klimt. Toute abstraite qu'elle soit, cette dernière partie de son œuvre peut se caractériser souvent en des termes classiques : « marines », « portraits », « natures mortes ». Elle rend présent dans la modernité de la gestuelle abstraite le legs des anciens, qu'elle prolonge ainsi de sa rigueur et de son lyrisme virtuose (Philippe Roberts-Jones, Signes ou Traces, Académie Royale de Belgique. Bruxelles, 1997).

  • Les étapes de l’œuvre Lady Macbeth sauvée des eaux, 1987-1993

  • Un matin d'oiseau clair, 1994

  • La clef d'autre part, 1995

  • Le pèlerin volubile, 2006